La prochaine evolution industrielle

lundi 3 décembre 2007

Sapin naturel ou sapin artificiel?


C'est la question que l'on me pose le plus ces temps-ci. Voici la réponse que j'avais publié avec Édouard Clément dans La Presse il y a deux ans:

«Qu'est-ce qui est mieux, un sapin naturel bio ou un sapin artificiel? La question, soulevée par Nathalie Collard dans son éditorial du 3 décembre, a de quoi alimenter bien des débats entre écolos. Mes collègues et moi n'y avons pas échappé. Notre conclusion est unanime: seule l'analyse du cycle de vie complet des deux solutions pourrait nous aider à trancher la question.


[...] L'analyse du cycle de vie (ACV) est une méthodologie qui sert à évaluer les impacts sur l'environnement d'un produit durant tout son cycle de vie: extraction des matières premières, transformation et assemblage, distribution, utilisation et élimination en fin de vie. On tient compte des bilans de matière et d'énergie de même que des émissions dans l'air, l'eau et le sol. C'est donc un outil privilégié pour déterminer la meilleure alternative du point de vue environnemental.

Le sapin naturel

Quand il est cultivé de façon intensive, le sapin, même bio, monopolise d'importantes superficies. Contrairement aux affirmations de Mme Collard, remplacer une forêt millénaire et diversifiée par une monoculture de sapins n'est pas sans impact. L'impact sur la biodiversité est désastreux. Et le rythme de remplacement excessif des sapins (entre cinq et 10 ans) contribue à appauvrir les sols, qu'il faut alors enrichir d'engrais.

Cela contribue à son tour à l'eutrophisation des sols et des cours d'eau. On utilise ensuite des scies mécaniques pour les couper (généralement des moteurs deux temps), puis on les transporte vers les centres urbains sur des centaines de kilomètres (aller-retour).

Le cycle de vie de la production d'un arbre est donc de cinq à 10 ans, pour une utilisation unique de quelques semaines dans un foyer en fête.

Même en tenant compte du captage du carbone et du compostage en fin de vie, ce n'est pas suffisant pour compenser les autres impacts. D'ailleurs, on émet encore des polluants pour ramasser et broyer tous ces arbres abandonnés après les Fêtes. Bref, affirmer que " le sapin naturel, lui, n'est pas nocif pour l'environnement " est complètement faux.

Le sapin aritficiel

Le sapin artificiel a aussi sa part d'impacts, comme le fait remarquer Mme Collard. Par contre, pour pouvoir les comparer, il faut multiplier tous les impacts du sapin naturel bio par 15.

Pourquoi? Parce que pendant les 15 ans que nous conserverons et réutiliserons le même sapin artificiel, il faudra cultiver, couper, transporter et composter un nouvel arbre naturel chaque année. Chose certaine, se prononcer en faveur d'une ou l'autre des options nécessite donc une analyse plus approfondie et rigoureuse de la question.

Cela dit, aucun des deux arbres ne s'inscrit réellement dans un développement durable. Car, s'il est vrai qu'il faut " conserver certaines traditions ", il faut aussi réaliser que ces traditions sont nées quand la population mondiale était bien inférieure à un milliard d'habitants.

Or, il serait impossible de fournir un arbre de Noël à toutes les familles de la génération présente sans compromettre la capacité des générations futures à avoir le leur.

Devant ce constat, les solutions des " purs et durs de la consommation équitables " sont intéressantes. Il existe même des plantes d'intérieur qui ressemblent beaucoup au sapin traditionnel... Arôme naturel vendu séparément!»

Bref, ça fait des années que je me dis qu'un jour, je ferai l'ACV du sapin de Noël pour en avoir le coeur net... à suivre.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Juste un mot pour dire que nous sommes allés faire un tour au parc situé coin St-Laurent et St-Joseph, à Montréal, le 26 décembre dernier. Ce parc se transforme en parc d'attraction au moment de Noël et il s'y vend beaucoup de sapins. Seulement, en ce lendemain de Noël, il restait encore des dizaines et des dizaines de sapins invendus... donc coupés pour rien, pour personne... J'espère que ces sapins orphelins entreront dans l'ACV des sapins de Noël que vous ferez.

Pour ma part, c'est clair que l'achat d'un sapin issu d'une pépinière lointaine dans un point de vente à Montréal, va totalement à l'encontre du développement durable, pour toutes les raisons exposées dans votre chronique (monoculture de conifères, appauvrissement des sols, machinerie utilisée sur la ferme, transport au point de vente, re-transport dans un foyer, re-transport au centre de compostage ou ailleurs...). Le mieux c'est de ne pas avoir de sapin. Y'a des traditions qui se perdent et desfois c'est tant mieux. On peut trouver autre chose pour remplacer... c'est comme le papier et les papiels!

Je pense que pour pallier à l'absence de sapin naturel dans les foyers, les sorties en forêt (en famille ou en gang!)devraient être prônées davantage pour ceux qui auraient la nostalgie de la bonne odeur de sapins baumiers, de pins ou tout autre type de conifère. Le retour vers la nature devrait se faire concrètement sinon, pour le biomimétisme, nous ne saurons bientôt même plus quoi imiter!!!

Ce n'est qu'une opinion! Bonne année 2008!!!