La prochaine evolution industrielle

jeudi 30 avril 2009

L'auto-censure nuit-elle à votre créativité?


À chaque midi, alors que je faisais la file à la cafétéria de l'École Polytechnique, je prenais machinalement un plateau. La plupart des autres étudiants dans la file prenaient aussi un petit naperon en papier, qu'ils couchaient dans le fond du plateau.

Pour ma part, je ne voyais pas l'utilité du naperon en papier. Sans y penser, la plupart des gens le prenaient. Mais j'étais convaincu que si, un bon matin, quelqu'un avait oublié la pile de naperon en papier, personne ne s'en serait rendu compte... et cela aurait été ça de mieux pour la planète.

J'étais toutefois loin de penser que le cabaret était de trop lui aussi!

C'est pourtant la nouvelle tendance dans les cafétérias aux États-Unis. Dans 126 sur 300 institutions recensées, il n'y a plus de plateau. Pourquoi? Voici quelques-uns des avantages:

- Moins d'eau (lavage)
- Moins d'énergie (lavage)
- Meilleure santé (portions plus petites)
- Moins de gaspillage de nourriture

J'aime cet exemple, car il me confronte à mes propres idées reçues. Remettre en question nos habitudes est la chose la plus difficile à faire. Pas parce que nous sommes de mauvaise foi, mais parce que les gestes et les objets que l'on prend pour acquis sont devenus invisibles à nos yeux.

Instinctivement, j'aurais anticipé la résistance des gens à l'idée de retirer les cabarets. Probablement parce que je les trouvais utiles. Donc, je me suis défendu de seulement envisager cette solution: je la jugeais trop drastique.

Autrement dit, je me suis auto-censuré... Je me demande si je fais ça souvent?

[À Dalhousie, il paraît que ça marche!]

mercredi 29 avril 2009

Who killed the car?





«L'industrie automobile a été, pendant presque un siècle, l'incarnation de la puissance économique américaine et l'expression la plus évocatrice de l'American way of life», écrit Alain Dubuc, ce matin.

Pendant ce siècle, la voiture n'a eu qu'un seul visage. Toutes roulent à l'aide de moteur à combustion. Presques toutes ont une capacité d'au moins quatre passagers. Elles ont toutes la même largeur et, à peu près, la même longueur. Bref, elles sont toutes surdimensionnées et elles sont toutes des surconsommatrices de carburant.

Cette ère tire à sa fin. La transformation annoncée des GM, Ford et Chrysler, le succès de l'introduction des modèles hybrides de Toyota et d'Honda et l'arrivée sur le marché d'acteurs crédibles d'alternatives électriques, mais aussi hybride, à hydrogène, au gaz comprimé et j'en passe, sont des indicateurs d'une rupture technologique.

Selon moi, il n'y aura pas une technologie qui dominera, comme le moteur à explosion l'a fait. Nous verrons plutôt une pluralité d'alternatives. Chacune occupera un segment de marché précis. Nous verrons donc apparaître des «voitures» aux formes bizarres, de toutes les tailles. Les modes de transports «solo» qui se vendront entre 2000$ et 15000$ vont connaître un boom d'ici 5 à 10 ans.

Il y aura aussi une diversification dans l'offre de transport en commun: tramway, trolleybus, autobus, minibus, bus longue distance (comme en Argentine), train intermodal, TGV interrégionnaux, etc.

C'est important d'envisager ces changements quand l'on pense à tous les investissements dans les infrastructures annoncés par les gouvernements pour nous sortir de la crise. Ces infrastructures, conçues pour durer 30 ans, sont-elles pensées en fonction de la prochaine évolution industrielle?

Qu'en est-il de votre organisation? Votre modèle d'affaires tient-il compte de ces changements à venir en matière de transport?

mardi 28 avril 2009

730 jours, 341 billets, 17000 lecteurs

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Que feriez-vous avec 5 cents?


Loblaws a pris l'initiative d'exiger 5 cents pour chaque sac en plastique qu'il doit fournir. Cette pratique fait jaser dans le milieu des groupes de pression environnementaux. Certains affirment que ce n'est pas éthique de faire des profits sur le dos d'une bonne action environnementale. Vraiment, il se dit n'importe quoi, au point d'être folklorique!

Folklore
Par exemple, François Cardinal rapporte les propos suivants de Pierre Lussier, directeur du jour de la Terre: « L'argent économisé grâce à la réduction des sacs distribués ainsi que l'argent récolté par la vente des sacs devraient être versés, en totalité, à des groupes ou à des projets environnementaux. Sinon, Loblaw ne peut présenter ce geste comme un geste pour la planète.»

Réalité
Le but de la vente de sacs est de réduire le nombre de sacs en circulation, point. Les expériences démontrent que d'exiger un frais, aussi minime que 5 cents, est beaucoup plus efficace que d'offrir un rabais du même montant à ceux qui ont de bonnes pratiques. Si l'entreprise peut faire un profit sur le dos des pollueurs-payeurs, la situation est gagnante pour tout le monde!

Folklore
Toujours tiré du texte de François Cardinal, l'opinion de Michel Séguin, professeur en éthique: «Pour que l'augmentation du coût d'un produit soit légitime, elle doit être justifiée. Dans le cas des sacs, on met de l'avant l'environnement et non les profits. Pour être jugée éthique, cette décision doit donc profiter entièrement à l'environnement.»

Réalité
Loblaws est une entreprise à but lucratif. Sa raison d'être est de faire des profits. Il ne faut pas confondre avec une coopérative ou une OSBL! Lorsque Loblaws vous vend une pomme biologique, elle met de l'avant la santé et l'environnement. Mais devinez quoi: elle fait aussi des profits!

Pire encore: lorsqu'elle vous vend du café équitable, elle met de l'avant le bien-être des producteurs dans les pays en développement. Pourtant, l'achat du café ne profite pas entièrement aux producteurs, mais au détaillant aussi.

Par ailleurs, ce qui change ici est la perception du coût d'un sac plastique. Avant, le consommateur le payait quand même, mais il était caché dans le prix. Peut-être Loblaw en profite-t-elle un peu pour faire plus d'argent. Possible. Cela dit, l'entreprise peut bien demander le prix qu'elle veut pour ce produit, comme tous les autres dans son magasin. Elle ne force personne à l'acheter.

Financer les groupes est une erreur
À mon avis, verser les recettes de la ventes des sacs plastiques à des groupes ou à des causes est la pire erreur qu'une entreprise peut faire. Son devoir premier n'est pas de financer ces groupes. Elle a d'abord une responsabilité d'améliorer sa propre performance environnementale.

C'est pourquoi je crois que le geste le plus intelligent à faire avec toute somme d'argent économisée grâce à une action «durable» est de l'investir dans un fonds (que vous appellerez le Fonds vert, le Fonds des générations, le Fonds pour la planète... peu importe). Et c'est avec cet argent que vous financerez les actions futures de votre plan de développement durable, celles qui représentent plus de risques, qui exigent un capital de départ plus important ou dont le retour sur investissement est trop long par rapport aux normes. Pour ceux que ça intéresse, j'en ai déjà parlé ici.

Quels intérêts?
Les groupes environnementaux peuvent bien réclamer qu'on leur verse une part du gâteau et dénoncer les profits; dans les faits, ils ne servent pas leur cause. Car ce sur quoi les entreprises seront réellement évaluées est leur capacité à réduire concrètement leur empreinte écologique. Ne cherchons pas à dénaturer les entreprises, au contraire. Il faut être solidaire des gestes qu'elles posent, surtout lorsqu'ils atteignent l'objectif.


PS: Profitez du coupon ci-dessus: vous recevrez un bac gratuit (ce qui vous évitera de payer 0,05$).

mercredi 22 avril 2009

Patagonia vise une croissance «naturelle»


Patagonia est, à mon avis, une des très rares entreprises à réellement incarner une perspective de développement durable dans ses activités. Un aspect où elle se démarque le plus, c'est dans sa conception de la croissance.

Vers la fin des années 80, les vêtements Patagonia étaient devenus «cool». Résultat: des gens les portaient pour affronter les rigeurs de la météo de New York et l'entreprise connaissait un taux de croissance de 40 à 50% par année!

En 1990, la récession a frappé. Patagonia est alors passée à deux doigts de la faillite, car son taux de croissance affichait un maigre 20% alors qu'elle avait embauché, acheté, produit, entreposé des vêtements en fonction d'un taux de croissance de 50%.

Le fondateur Yvon Chouinard et son équipe ont réalisé qu'une croissance aussi folle est trop risqué. Ils ont décidé d'adopter une croissance dite naturelle:

«Pour limiter notre croissance à 2-3% par année, il faut éviter d'annoncer nos produits, particulièrement aux gens qui n'en ont pas besoin. Nous savons qu'il est temps d'augmenter notre production quand nos inventaires sont écoulés seulement quelques semaines après la sortie de la collection. »

Trouver la bonne taille
Toujours selon Chouinard, chaque entreprise doit trouver sa bonne taille. Il est faux de croire que l'on doit toujours augmenter son nombre d'employés. L'exemple qu'il donne est frappant:

«Si vous êtes un chef français, vous devrez investir une bonne dizaine d'années dans vos cuisines afin d'obtenir de la reconnaissance et mériter une étoile dans le prestigieux guide Michelin. Vous devrez certainement consacrer un autre 10 ans pour obtenir une deuxième étoile. Et un autre 10 à 15 ans pour obtenir l'ultime trois étoiles. Seuls une cinquantaine de restaurants ont ces trois étoiles.

«Rendu là, que faites-vous? Vous ne pouvez pas vous dire j'ai réussi et installer cinquante tables pour tirer le plus de profits possibles. Aucun restaurant trois étoiles n'a plus que 10 tables, car il serait impossible de servir la même qualité aux clients avec cinquante tables.»

Quelle est la bonne taille pour votre organisation? Croyez-vous que votre organisation a une croissance «naturelle»?

[Seth Godin explique très bien pourquoi être plus gros ne veut pas dire être meilleur.]

mardi 21 avril 2009

C'est impossible!

Impossible! Vous n'y arriverez pas! Nos «clients» n'en voudront pas! C'est trop cher! Nous n'avons pas les ressources!

Toutes ces excuses, Ann Cooper les a entendues lorsqu'elle a décidé de sortir la malbouffe de sa cafétéria d'école. Dans ce vidéo (20 min.), elle présente pourquoi elle l'a fait, comment elle a convaincu ses patrons et les parents et comment elle a rendu les légumes et la bouffe santé sexy auprès des enfants.

mercredi 15 avril 2009

Cherche livres extraordinaires et inspirants

Ça fait longtemps que je n'ai pas eu un WOW! en lisant un livre. Avez-vous des suggestions?

PS: Pour qu'il ait une chance d'être inspirant, je cherche des solutions, pas des problèmes...

[J'ai reçu plusieurs suggestions passionnantes, et je tiens à remercier tous ceux qui sont venus à mon «secours». J'ai maintenant de la lecture à faire. Toutefois, si vous avez d'autres suggestions, un coup de coeur, un vrai de vrai WOW, le genre de livre que vous croyez que tout le monde devrait avoir lu avant de mourir, écrivez-moi].

mardi 14 avril 2009

La plus importante rencontre en ACV sera à Boston

Le CIRAIG a publié cette information ce matin:

Le CIRAIG est très fier de s'associer avec le American Center for Life Cycle Assessment (ACLCA), CADIS et ITAM (Centres ACV mexicains) SETAC Amérique du Nord et le PNUE dans le cadre de la 1ère conférence nord-américaine en cycle de vie. Cette conférence aura lieu à Boston du 29 septembre au 2 octobre.

Sous le thème ‘Toward the global life cycle economy’ (Vers une économie du cycle de vie), cette conférence vise à rassembler les travaux portant sur cette thématique et autres sujets connexes à l'analyse du cycle de vie (ACV). Compte tenu de la présente conjoncture économique des marchés mondiaux, il n'a jamais été aussi important de bien comprendre les implications de nos décisions en termes de développement durable et d'utiliser les meilleurs atouts scientifiques pour relancer l'économie et la compétitivité. Nous vous invitons ainsi à venir partager vos idées,vos progrès et vos travaux de recherche afin d'aller de l'avant en 2009.

La date limite pour la soumission de résumés est le 15 mai 2009.

Des sessions spéciales portant sur l'utilisation des terres et des biocombustibles, la régionalisation des données d'inventaire en cycle de vie et des modèles d'impact, la coordination des initiatives de données d'inventaires nord-américaines, l'intégration de l'ACV et autres outils du développement durable, l'analyse sociale du cycle de vie, la modélisation dynamique et temporelle en ACV, la gestion et la communication de l'incertitude en ACV, l'empreinte écologique (carbone, eau, energie et autre) et l'ACV comme outil d'analyse des marchés financiers seront au programme de cette importante conférence. Nous vous invitons d'autre part à soumettre vos suggestions pour d'autres sessions spéciales.

Des formations et examens certifiés en ACV seront également offerts le 28 septembre.

Pour plus d'information, veuillez visiter le site de l'événement:

http://lcacenter.org/LCA9/index.html

Au plaisir de vous voir à Boston en septembre !

NOTE: Veuillez prendre note que notre événement biennal, CYCLE, sera reporté en mars 2010.

lundi 13 avril 2009

jeudi 9 avril 2009

La mise à niveau est incontournable


Le démarrage d'un comité de développement durable se déroule pratiquement toujours de la même manière: il débute avec un remue-méninge.

Les murs sont alors placardés de grandes feuilles blanches sur lesquelles se multiplient les idées les plus extravangantes et avant-gardistes. Au bout d'un certain temps, vous vous retrouvez avec 100, 150, voire 200 idées. Il faut alors faire un tri. Vous réévaluez les idées par catégorie, puis vous priorisez en fonction de contraintes de temps et de ressources.

Les solutions retenues sont toujours les mêmes:

  • Mettre sur pied un meilleur système de recyclage
  • Éliminer les bouteilles d'eau et les tasses à café jetables
  • Réduire la consommation de papier
  • Organiser des événements écoresponsables
C'est ce que j'appelle la mise à niveau. Ce sont des solutions incontournables, et elles peuvent représenter leur lot de défis. Mais elles ne sont pas une fin en soi. Pire, elles sont généralement peu significatives en terme de résultats réels d'amélioration de la performance.

Autrement dit, les vraies avantages du développement durable ne sont pas là.

Comprenez-moi bien, ces solutions ont leur utilité. Elles permettent, entre autres, de mobiliser vos troupes. Il s'agit d'actions visibles dont les résultats se font sentir dans un délai de trois à six mois. Et là, BINGO.

Je dis souvent que l'intégration d'une démarche durable n'est pas un défi technologique ni économique. C'est un défi humain. À partir du moment où vous réussissez à mettre sur pied une démarche qui connaît quelques succès... bingo! Vous avez les coudées franches pour aller de l'avant avec des mesures plus prononcées et plus payantes.

L'enjeux, c'est le timing. Il ne faut pas trop attendre entre les premiers succès et la suite. Sinon, vos employés croiront que le projet n'est pas une réelle priorité, et il faudra à nouveau les mobiliser au moment de leur demander de faire de nouveaux efforts.

Si vous êtes sur une lancée, profitez-en.

lundi 6 avril 2009

Les priorités du G20


Le caricaturiste Serge Chapleau m'a bien fait rire avec ce dessin dénonçant l'absence du premier ministre Stephen Harper lors de la photo officielle du G20.

Ce qui me fait moins rire dans cette photo, ce sont les mots. Trois mots en particulier: stabilité, croissance, emplois.

Si vous êtes le responsable de cette affiche, vous ne choisissez pas trois mots au hasard. Ces trois mots ont été réfléchis, discutés, négociés, révisés, négociés à nouveau, etc. etc. Après tout, il faut que les 20 chefs des États les plus influents de la planète y souscrivent.

Les mots retenus doivent refléter l'objectif de la rencontre et les trois principales priorités des participants pour les mois, voire les années à venir.

Stabilité, croissance et emplois. Ces trois mots pourraient être précurseurs d'un réel changement de leadership. Ces trois mots pourraient être utilisés pour enrayer la faim et la pauvreté chez les plus démunis. Je n'ai pourtant pas l'impression que c'est le sens qu'on cherche à leur donner. Il me semble que c'est du déjà vu. Trois mots qui ont le même sens depuis 50 ans.

Devant l'urgence d'agir (si vous n'avez pas vu le vidéo de Sylvia Earl, je le recommande), voici quelques combinaisons de mots que j'aurais aimé voir:

PEOPLE PLANET PROFIT (un classique!)

EQUITY ECOLOGY EFFICIENCY

LIFE CYCLE ECONOMY

En fait, il y a des dizaines de combinaisons possibles qui me traversent l'esprit. Mais stability, growth, jobs n'est pas dans mon top 10.

Bref, j'ai bien peur que l'on se trompe de cible en mettant autant d'emphase sur la crise économique mondiale. Elle est le résultat de deux crises bien plus importantes: la crise des écosystèmes et la crise humanitaire.

C'est un peu comme si nous réalisons que la branche sur laquelle nous sommes assis menace de se rompre sans nous rendre compte que l'arbre est sur le point de tomber!

vendredi 3 avril 2009

Sylvia Earle: la Al Gore des océans

Si vous vous ennuyez en ce vendredi après midi, ce vidéo (18 min.) fait pour les océans ce que Al Gore a fait pour le climat... à voir!

mercredi 1 avril 2009

Sont-ils prêts à vous écouter?


La plupart de ceux que je rencontre qui aimeraient que leur organisation devienne leader en développement durable (lire inspirante) ne se posent pas cette question.

Elle est pourtant essentielle. Au cours des dernières années, j'ai donné plus d'une centaine de conférences sur le développement durable à des milliers de gestionnaires et de dirigeants (pour la plupart). Chaque fois, c'est le même discours (sur le fond). Chaque fois, la réponse des participants varient de très enthousiasme à très sceptique.

Pourtant, chacun d'entre eux (surtout ceux dans le même salle) ont vu et entendu la même chose. Leur réaction et leur interprétation est la conséquence de leur vécu, de leurs valeurs et des circonstances qui les préoccupent au moment où ils entendent ce que vous avez à dire.

Ainsi, il y a une différence entre parler à des gens qui payent ou qui se déplacent exclusivement pour vous entendre, et d'autres qui participent à un colloque où vous vous adonnez à présenter.

Les premiers ont choisi de vous écouter.

Cette question, vous pouvez également vous la poser pour votre patron, vos employés, vos collègues et vos clients. Sont-ils prêts à vous écouter?