La prochaine evolution industrielle

vendredi 26 février 2010

Les secrets d'un programme DD réussi


ellipsos travaille avec l'Association des stations de ski du Québec (ASSQ) afin d'améliorer la performance environnementale et sociale de cette industrie.

Afin de réduire l'empreinte carbone des skieurs et du personnel, nous avons mis sur pied un projet-pilote de lutte contre la marche au ralenti des véhicules. Le programme Coupe ton moteur vise à réduire de 50% la marche au ralenti dans le stationnement.

Il s'agit d'un programme comme je les aime parce qu'il a tous les ingrédients d'une solution durable parfaite:

  • Il ne coûte pratiquement rien à mettre en oeuvre (pas de nouvelle technologie, pas d'équipement à installer, pas de formation intensive);
  • Il est simple à communiquer;
  • Les skieurs qui adhèrent au message économisent de l'argent, améliorent la qualité de l'air et réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre;
  • Il repose sur le premier des 4RV, c'est-à-dire RÉDUIRE à la source le problème;
  • Il donne des résultats tangibles.
Bref, c'est du gagnant-gagnant, comme le veut l'expression consacrée.

J'entends déjà certains d'entre vous me dire que la marche au ralenti n'est pas le principal impact d'une station de ski. Vous avez probablement raison. Néanmoins, c'est un petit geste dans la bonne direction.

Au cours des dernières années, j'ai appris à reconnaître l'importance de ces petits gestes comme étant des passages obligés dans une démarche de sensibilisation et de mobilisation du personnel et de la clientèle.

Nous avons tendance à mesurer les gains monétaires et environnementaux de ce type de programmes alors que, souvent, c'est dans l'intangible que se trouve la clé du succès.

5 mythes de la marche au ralenti

Dans le cadre du programme Coupe ton moteur avec l'Association des stations de ski du Québec, voici 5 mythes révisés au sujet de la marche au ralenti.

jeudi 25 février 2010

Être ou ne pas être carboneutre?


La banque TD est la première à devenir carboneutre, apprend-on dans la dernière édition du webzine Novae. Est-ce vraiment une approche efficace?

Pour y parvenir, TD a misé sur une série de mesures d'efficacité énergétique, le recours à l'énergie renouvelable (à l'extérieur du Québec, bien entendu) et... aux crédits compensatoires de carbone.

De nos jours, il est pratiquement impossible d'être carboneutre sans avoir recours aux crédits compensatoires. Cela s'explique principalement à cause des déplacements de personnes et de marchandises, qui utilisent toujours des combustibles fossiles.

L'ABC des crédits carbone
Ces crédits, rappelons-le, visent à compenser les émissions que l'entreprise n'a pu éviter. Ils prennent deux formes:

1) Ils financent des émissions évitées ailleurs, comme en installant une éolienne pour produire de l'électricité au lieu d'une centrale au charbon.

2) Ils financent le retrait du carbone dans l'atmosphère par la plantation d'arbres, qui va capter le CO2 au cours de sa vie.

Je vous ai déjà parlé de La vérité à propos de la carboneutralité. À relire si vous voulez en savoir plus sur les effets réels des crédits compensatoires.

Ce qui m'intéresse maintenant, c'est de savoir si être carboneutre est une solution intéressante pour une entreprise. Pour cela, être carboneutre doit être rentable. Et pour être rentable, elle doit soit réduire les coûts, soit augmenter les revenus ou soit améliorer l'image de l'entreprise. Regardons chacune de ces options.


1. Est-ce que la carboneutralité permet de réduire les coûts?

La réponse est affirmative lorsqu'il s'agit de mesures de réduction de la consommation d'énergie. Le recours aux énergies renouvelables peut aussi être intéressant parce que les coûts d'opération sont très faibles (le vent, le soleil et la chaleur du sol étant gratuit). Les coûts d'acquisition très élevés, en revanche, rendent cette solution encore difficilement rentable.

Les crédits compensatoires, eux, ne permettent aucunement de réduire les coûts à l'interne. Dans une certaine mesure, un économiste pourrait argumenter qu'ils permettent de réduire les externalités. Le problème, c'est que c'est difficile à quantifier.


2. Est-ce que la carboneutralité permet d'augmenter les revenus?

Le fait d'être plus efficace sur le plan énergétique peut certainement contribuer à augmenter les revenus dans la mesure où une partie des économies se traduisent par un prix plus bas que la concurrence. C'est donc une stratégie intéressante pour les produits de commodités, où les luttes sur les marges sont intenses. Pour les services ou les produits à haute valeur ajouté, on pourrait douter davantage des gains possibles.

En revanche, les énergies renouvelables et les crédits compensatoires ne peuvent contribuer à l'augmentation des revenus que s'ils améliorent l'image de l'entreprise.


3. Est-ce que la carboneutralité améliore l'image de l'entreprise?

C'était le cas il y a quelques années. Mais est-ce toujours vrai en 2010? Aux États-Unis, il y a eu d'importants problèmes avec l'achat massif de crédits compensatoires de mauvaise qualité, ce qui a eu pour effet de discréditer cette pratique.

Business Week a d'ailleurs publié Little Green Lies en 2007, un article qui explique comment des entreprises ont gaspillé des centaines de milliers de dollars sur des crédits carbone.

Un avantage concurrentiel réel?
Malgré cela, être carboneutre peut donner un avantage concurrentiel en terme d'image. Je pense notamment aux politiques d'approvisionnement responsable de plus en plus populaires auprès des gouvernments et des grandes entreprises.

De là à dire qu'une entreprise en a pour son argent, il y a un pas que je ne suis pas prêt à faire. De toute façon, si ce critère devient déterminant, le concurrent peut facilement acheter à son tour des crédits. On ne parle donc pas d'un avantage concurrentiel très solide.


Ma conclusion

Être carboneutre est selon moi une option intéressante pour une PME, surtout dans les services. Par exemple, je compense les émissions inévitables d'ellipsos parce que les quantités sont plutôt négligeables.

C'est cependant l'exception qui confirme la règle. Les entreprises se doivent d'être compétitives. Nous savons qu'elles font partie du problème. Ce n'est donc pas en sous-traitant les efforts de réduction qu'elles sont les plus efficaces.

Faire partie de la solution
Pour vraiment faire partie de la solution, je crois qu'elles ont avantage à investir dans leurs propres activités à l'interne. Les bénéfices dépasseront ainsi les efforts de réduction. Ils se traduiront également en plus de sensibilisation pour les employés, qui auront réellement l'impression de contribuer directement à l'amélioration de l'environnement.

D'un point de vue cycle de vie, le comportement du consommateur peut parfois avoir plus de gains sur la réduction des GES que le meilleur produit. Par exemple, faire du covoiturage à trois dans un VUS est plus performant que de se rendre au travail dans trois voitures hybrides.

Mieux encore, améliorer le sentiment d'appartenance des employés entraîne des gains de productivité, et ils sont plus enclins à devenir des ambassadeurs efficaces.

Et, contrairement à des crédits carbone, ce genre de fierté, ça ne s'achète pas!

lundi 22 février 2010

Il est temps d'intégrer l'ACV à vos projets


Avez-vous commis une de ces erreurs?

  1. Imprimer vos brochures sur du papier recyclé.
  2. Donner des sacs biodégradables à vos clients.
  3. Offrir la facturation en ligne.
  4. Remplacer vos ampoules incandescantes par des fluocompactes.
  5. Favoriser l'achat local.
Si vous avez répondu oui à l'une d'elles, c'est que vous êtes probablement impliqué dans une démarche développement durable ou, à tout le moins, sensibilisé à votre empreinte environnementale.

Malheureusement, vos gestes ont peut-être pour effet d'augmenter vos impacts environnementaux. Il y a pire. Ces exemples ne sont que la pointe de l'iceberg!


Comment prenez-vous vos décisions?

La plupart des gestionnaires prennent leur décision en se fiant à:
  1. leur instinct (la facturation en ligne est mieux que sur papier!);
  2. aux idées reçues (le recyclage, c'est toujours positif!);
  3. aux règles générales (il faut acheter dans un rayon de 200 km!).
Autrement dit, ils se fient aux caractéristiques du produit ou de la solution. C'est une erreur. Pourquoi? Parce que ses caractéristiques ne disent rien à propos de sa performance.

Par exemple, le fait qu'un papier soit recyclé (une caractéristique) ne garanti pas qu'il contribue moins aux émissions de gaz à effet de serre (GES) (sa performance). Dans les faits, il peut avoir parcouru de très grandes distances et il peut être fabriqué à partir d'énergie fossile. Ainsi, deux papiers recyclés peuvent avoir une performance environnementale très différente.


Mesurez pour performer

L'analyse du cycle de vie (ACV) des produits et services est une méthodologie scientifique qui permet d'éviter ce genre d'erreurs. Je m'explique d'ailleurs mal pourquoi elle n'est pas plus utilisée.

Une des raisons souvent citée est le prix. Lorsque j'en parle aux gens, je suis surpris de voir que la plupart pensent qu'il faut débourser 75,000$, voire plus de 100,000$ pour une ACV.

C'est un mythe.

Le prix moyen de toutes les analyses que nous avons réalisé chez ellipsos est de 19,000$.

De plus, les résultats offrent la possibilité à nos clients de récupérer leur investissement très rapidement , souvent en quelques mois seulement.

L'ACV est aujourd'hui utilisée par la grande majorité des leaders en développement durable. De Interface à Patagonia en passant par Rona, Cascades et Desjardins. Pourquoi? Parce qu'ils savent qu'on ne gère pas ce qu'on ne mesure pas. De plus, ils n'ont pas les moyens de prendre les mauvaises décisions.

C'est vrai pour eux. C'est aussi vrai pour vous. Si vous êtes un consommateur, exigez des informations sur la performance du produit et du fournisseur. Si vous êtes un décideur, il est temps d'adopter les meilleures pratiques en intégrant l'analyse du cycle de vie à vos projets.

jeudi 18 février 2010

Ma réponse à Laure Waridel et Pierre Desrochers au sujet de l'achat local de nourriture


L'Institut Économique de Montréal fait encore parler de lui avec la publication de sa dernière Note économique: «L'achat local de nourriture sauvera-t-il la planète?»

Évidemment, vous devinez que l'auteur, Pierre Desrochers, répond essentiellement par la négative (autrement, il ne ferait pas parler de lui!).

Pour faire la lumière sur le sujet, il a été invité à en débattre avec Laure Waridel à l'émission de Christiane Charette ce matin. Vous pouvez réécouter l'entretien ici.

Je suis tombé en bas de ma chaise en l'écoutant, comme vous pouvez le constater ici. J'aimerais donc profiter de cette tribune pour recadrer le débat.

Mise en garde

D'entrée de jeu, je dois annoncer mes couleurs: j'admire les qualités d'intervieweuse de Christiane Charette et je suis un auditeur de longue date. Je ne connais ni M. Desrochers ni Mme Waridel sur le plan personnel bien que, dans les faits, je me sente plus proche et plus familier avec le travail de celle-ci. Je dois aussi dire que j'ai eu d'inombrables différents avec les opinions véhiculées par l'IEM.

Les mises en garde sont faites, je laisse tomber les gants.


L'animatrice n'a pas su cadrer le débat
Christiane Charette a erré. Elle a laissé le débat aller dans tous les sens de sorte qu'on ne savait pas s'il portait sur l'empreinte carbone, l'utilisation du territoire, la sécurité alimentaire, la création d'emploi local et j'en passe.

Ce sont des problèmes complexes, et les réponses varient selon la perspective que l'on prend. Aussi décevant que cela puisse paraître, il n'y a pas de réponse blanc et noir comme l'ont fait croire les deux invités... Tout est plutôt question de nuances de gris... et elles sont nombreuses.


Le point sur l'empreinte carbone
Sur la question de l'empreinte carbone, Laure Waridel a cité une étude de l'Université Carleton. Mes recherches me porte à croire qu'il s'agit de celle-ci. Le cas échéant, il faut souligner qu'il s'agit d'une revue de littérature et non d'une étude, et qu'elle est cosignée par Équiterre.

Cela dit, cette revue de littérature a le mérite d'être plus clair que les extraits cités lors du débat. D'abord, faisons le point sur le calcul avancé par Mme Waridel.

Selon ce calcul, un repas importé produit 650 fois plus d'émissions de CO2 qu'un repas local en Angleterre. Un repas acheté à l'épicerie du coin en Iowa produit parcours 34 fois plus de kilomètres qu'un repas local.

Pour en retrouver la source, j'ai dû retracer deux études, soit celle citée par la revue de littérature ici, qui a son tour citait l'étude originale dans la note de bas de page no11 ici. Soulignons que les données date de près de 10 ans.


Mes soupçons étaient donc fondés

Cette étude ne compare que les émissions de CO2 associées au transport, et non à l'ensemble du cycle de vie. Qui plus est, pour des fins de simplifications du calcul, les auteurs ont choisi d'évaluer le repas importé comme étant de source nationale seulement, donc uniquement transportée par camion.

Dans les faits, au Québec, la plupart des aliments transportés de l'Ouest nous arrivent également par camion, alors que ceux venant des pays du sud (comme le Chili) nous arrive par bateau-cargo. Cette deuxième option produit beaucoup moins de CO2 par tonne-kilomètre voyagée (en fait, c'est le moyen de transport le plus efficace pour transporter de la marchandise par rapport au train, au camion, à l'avion ou à la voiture).

Par conséquent, les émissions de CO2 du transport est fonction de la distance ET du choix du mode de transport. C'est ce qui explique pourquoi plusieurs études se contredisent. Quand je vous disais que ce n'est pas simple.


L'empreinte carbone cycle de vie des transports

Sur l'ensemble du cycle de vie, c'est-à-dire lorsque l'on tient compte des émissions de GES produites pour la production des aliments, leur transformation, la distribution, la consommation et la fin de vie, il est vrai que le transport entre le lieu de production et le commerce de détail est de manière générale peu significatif.

M. Desrochers cite une étude du cycle de vie (disponible ici). Les résultats de cette analyse sont crédibles et assez convaincants: 83% des émissions de GES cycle de vie sont associées à la production de la nourriture. Le transport ne représente qu'un maigre 11%.

Cette conclusion est également cohérente avec les analyses du cycle de vie que nous avons réalisés chez ellipsos.

Pire, lorsque nous incluons la distance de transport entre le commerce de détail et la maison du consommateur final (ce que n'a pas fait l'étude ci-dessus), nous observons que cette étape contribue généralement plus aux impacts sur le climat que l'ensemble des transports en amont, particulièrement s'il s'agit d'un transport dédié (c'est-à-dire consacré à aller chercher uniquement un produit).


Réconcilier les deux points de vue

De manière assez cocasse, en lisant les études cités par Mme Waridel et M. Desrochers, on s'aperçoit qu'elles arrivent malgré tout à la même conclusion:

«Adopter une diète lacto-végétarienne permet de réduire de 30% la consommation énergétique comparativement à une diète avec de la viande. La nourriture importée d'endroits où la production est plus efficace sur le plan énergétique peut avoir une empreinte carbone plus faible que la production locale.

«L'achat local ne signifie pas nécessairement qu'il aura le moins d'impact sur les émissions de carbone. Par exemple, une personne qui conduirait plus de 7,4 km pour se procurer ses aliments locaux émettrait davantage de CO2 que si elle achetait une boîte de légumes transportée, emballée et réfrigérée.»

– Extraits de l'étude citée par Mme Waridel.

«L'adoption d'une diète moins intensive en viande rouge au profit de poulet, de poisson, d'oeufs et de fruits et légumes a un impact beaucoup plus significatif pour réduire les émissions de GES que l'adoption d'une diète locale.»

– Extrait de l'étude citée par M. Desrochers.

Quel débat?

Dans les faits, la question de l'achat de proximité est beaucoup plus large que le seul aspect de l'empreinte carbone. C'est d'ailleurs ce qui est ressorti dans le débat chez Christiane Charette. La prochaine fois, il faudrait déterminer ce sur quoi on ne s'entend pas et ce sur quoi on est d'accord.

On aura beau me dire que le prix d'une pomme est un bon indicateur de sa performance environnementale (ce qui mérite aussi d'être nuancé, mais ce sera pour un autre billet), rien ne se compare à la saveur et à la texture d'une pomme fraîchement cueillie.

Bref, je crois que le débat reste entier.

mercredi 17 février 2010

Biomimétisme: et si le papiel s'inspirait de la nature?

Nous sommes à l'aube de la révolution du papier (voir la vidéo de Wired ci-dessous). Le lancement prochain du iPad est certainement en train de devenir le catalyseur de ce changement. Mais ce n'est que le début.



Derrière ce que l'on voit au sujet des modèles d'affaires et de la manière dont les magazines et autres médias écrits (livres, journaux, etc.) vont pouvoir se réinventer, il y a une autre bataille qui se joue. Celle de la technologie d'écran.

Selon l'excellent site Les actus des e-books, il y a quatre ou cinq technologies d'écrans actuellement en compétition pour les tablettes:

  1. Les écrans LCD
  2. Les écrans pixels Qi
  3. Le e-ink (actuellement sur les Kindle, eReader, iLiad, etc.)
  4. Les papiels couleurs nouvelle génération (voir le vidéo Mirasol ci-dessous)
  5. Les écrans souples de type Amoled


Ce qui se passe dans l'univers de l'imprimé avec l'émergence de ces technologies de papiels est, selon moi, un cas typique de la prochaine évolution industrielle. Voici les étapes que l'on observera:
  1. D'abord, les entreprises traditionnelles sont menacées par une rupture technologique.
  2. Le développement des nouvelles technologies passe par l'analyse du cycle de vie, l'écodesign et le biomimétisme.
  3. L'écodesign entraîne nécessairement la conception pour le désassemblage afin de se prémunir contre la hausse des coûts des matières premières et la législation sur la gestion des matières résiduelles.
  4. Puis, dans quelques années, un modèle d'affaires complètement différents axé sur les services verra le jour. De cette façon, les fabricants demeurent propriétaire de leurs produits (donc des matériaux).
Autrement dit, l'évolution se fait d'abord par la force du marché et l'émergence d'une technologie de rupture. L'environnement n'est pas le catalyseur. Il servira plutôt d'accélérateur.

Exemple: personne n'adopte le papier électronique parce qu'il est plus écologique (ce qui est le cas).

Autre exemple: la voiture électrique, qui a la cote d'abord pour des raisons de marché (hausse du prix de l'essence).

Bien sûr, je ne minimise en rien l'importance de la pression des consommateurs et l'accessibilité à l'information sur la performance environnementale et sociale. Au contraire, je crois que la rupture devient l'occasion de se démarquer. Je l'ai déjà dit: «Les conditions de succès au 21e siècle reposeront non plus uniquement sur des critères de qualité et de prix, mais aussi de performance sociale et environnementale».

Bref, environnement et économie n'auront jamais fait aussi bon ménage.

mardi 16 février 2010

Pourquoi je ne donne pas de conférences gratuites


Richard Desjardins a déjà écrit sur un des ses albums quelque chose comme: «Vous aurez le droit de copier ce CD le jour où je pourrais clôner ma bière».

Au cours des deux dernières semaines, j'ai reçu pas moins de cinq offres pour donner des conférences (le mot prend ici tout son sens!). À mon grand regret (les événements et les autres conférenciers étaient extrêmement intéressants), j'ai dû refuser.

Voici les raisons qui, selon les organisateurs, justifient une participation non-rémunérée:

1. Visibilité

«C'est une occasion unique pour obtenir de la visibilité»
, me répète-t-on chaque fois.

Pour mon équipe et moi, une conférence n'est pas une occasion de faire un pitch de vente. Nous consacrons beaucoup d'efforts à faire de nos présentations un événement qui marquera l'auditoire de par la qualité du visuel et l'originalité de son contenu.

L'attention que porte l'auditoire est un cadeau, et nous nous engageons à ce que cette attention soit du temps bien investit. C'est ce que veulent les participants en s'inscrivant à un colloque. Et c'est ce que les organisateurs des colloques recherchent.

Par ailleurs, on ne demanderait jamais à un expert marketing de faire une publicité gratuitement en justifiant qu'il aura de la visibilité. Aucun fabricant de voiture ne vous donnera un véhicule en espérant que d'autres clients potentiels le remarqueront sur la route. Je m'explique mal comment on peut demander à un conférencier professionnel de participer à des événements sans rémunération.


2. OSBL

«Nous sommes un organisme sans but lucratif.»
Voilà un argument déjà un peu plus crédible.

Cependant, tous les OSBL ne sont pas égaux. Une association de professionnels est un OSBL, mais les membres qu'elle dessert ont des revenus importants. De plus, ils paient pour participer à l'événement.

Il y a une différence appréciable entre une association dont les membres sont des entreprises, des professionnels ou des salariés et un organisme communautaire. Pourtant, même les bibliothèques et les écoles offre des cachets aux conférenciers. Ce ne sont pas des fortunes, mais cela couvre généralement les frais de déplacement.

Devant cet effort louable, j'ai un profond malaise quand une chambre de commerce demande de faire une présentation gratuite.


3. Où est la qualité?

«Nous vous avons choisi parce que vos conférences sont remarquables.»
Faire des compliments est toujours utile lorsque l'on demande un service gratuit. En revanche, lorsque l'on est convaincu de la valeur de ce service, on n'hésite pas à payer.

Répondez honnêtement aux questions suivantes:

  • Combien de fois avez-vous eu l'impression de perdre votre temps au cours d'une conférence?
  • Combien de fois avez-vous «enduré» un orateur nerveux, incohérent, ennuyeux?
  • Combien de fois avez-vous lu les diapositives plus vite que le conférencier?
Ces situations sont inévitables quand les conférenciers ne sont pas préparés. Entre nous, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de mauvais conférenciers. Mais je constate que peu de conférenciers prennent vraiment le temps de se préparer.

Pourtant, pour avoir une réputation enviable, l'événement doit présenter un contenu attrayant, novateur et utile pour les participants. Et pour cela, le conférencier doit investir du temps pour comprendre les attentes, préparer un visuel remarquable et maîtriser son texte.

C'est ce que fait Steve Jobs, le pdg d'Apple et un des conférencier les plus admirés. Il se prépare, pratique son texte et modifie ses notes. Au total, malgré son horaire très chargé, il consacre deux semaines à temps plein à sa préparation.

Quand on demande à des gens de faire une conférence gratuitement, le résultat est une présentation ennuyeuse, mal préparée ou, pire, un pitch de vente. Est-ce que cela correspond vraiment aux attentes des participants?


Respect des clients

Au cours des dernières années, j'ai donné plus de 200 conférences rémunérées. Selon moi, ce serait un manque de respect envers ces clients que d'accepter d'offrir le même service de conférencier gratuitement ailleurs.

Cela me rappelle une histoire vraie. Devant une demande d'un client de travailler à rabais, un expert en développement durable lui a répondu la chose suivante:

– «Ton entreprise fait des millions de dollars. Vous avez les moyens de payer mes services. En ce sens, travailler gratuitement ne serait pas équitable.»

Puis il a fait une concession:

– «Je vais t'accorder ton rabais, mais ce n'est ni toi ni moi qui en profitera. Tu le remettras à un organisme de charité de ton choix.»

Le client a compris la leçon. Il l'a fait.

vendredi 12 février 2010

Les JO de Vancouver seront verts... mais seront-ils durables?


On dit que les Jeux Olympiques d'hiver de Vancouver 2010 seront les plus verts de l'histoire. C'est sans doute vrai. Pour ma part, je suis très impressionné (et admiratif) par tous les efforts qui ont été investi pour rendre ces jeux plus performants sur le plan environnemental.

Mais une question me tracasse: Seront-ils durables?

J'ai des doutes. Comme vous le savez, le développement durable vise le développement social dans les limites du respect de la qualité des écosystèmes au moyen de l'efficacité économique. Et c'est justement ce dernier point qui m'inquiète.

Selon le quotidien français Les Echos, les Jeux de Vancouver sont victimes d'une hausse des coûts des infrastructures et d'une baisse des retombées économiques exacerbé par la crise financière. Ainsi, les retombées, qui étaient évaluées à 10 milliards en 2003, sont aujourd'hui évaluées à 3,8 milliards. Pire, PriceWaterhousecoopers croit plutôt qu'elles atteindront à peine un maigre 1 milliard de dollars.

Les coûts, eux, seraient plutôt de l'ordre de 6 milliards de dollars...

Dans les faits, il y a beaucoup d'incertitude autour de tous ces chiffres. Seul le temps nous dira réellement si les retombées économiques auront été positives ou non. Mais l'expérience olympique vécue ailleurs nous apprend qu'il est difficile de rentabiliser les JO.

Les Montréalais en savent quelque chose!

jeudi 11 février 2010

Ne changez pas ma serviette


Cet écriteau est désormais la norme dans les hôtels. Il nous encourage à faire notre part pour l'environnement en réutilisant notre serviette, comme nous le ferions à la maison.

Une étude, rapportée dans le livre YES!, a démontré qu'en modifiant seulement quelques mots au message traditionnel dans les salles de bain (celui qui dit «faites votre part pour la planète»), il était possible d'augmenter de 26% le nombre de personnes qui réutilisait leur serviette.

Vous voulez la meilleure? Le nouveau message ne parle pas d'environnement. Il parle des gens.

Voici ce qu'il disait:

«La majorité des clients de l'hôtel réutilisent leur serviette au moins une fois durant leur séjour!»

Des psychologues se sont penchés sur la question. Pourquoi les clients se conforment-ils davantages à un message à caractère social qu'environnemental? Des années de recherches démontrent qu'un des moyens les plus puissants pour convaincre les gens de changer de comportement est la pression sociale. Si l'on sait que les autres le font, nous sommes plus enclin à le faire également.

À la lecture de cette expérience, je pense que je vais changer mon message qui accompagne ma signature de courriels. Au lieu du traditionnel:

Pensez à l'environnement. N'imprimez pas ce courriel.

Je vais écrire:

La majorité des gens lisent leurs courriels à l'écran.

Qu'en pensez-vous?


Mise à jour: voici quelques suggestions de signature parmi les courriels que j'ai reçu:

  • Affirmez votre différence...pensez à l'environnement. N'imprimez pas ce courriel.
  • Devez-vous vraiment imprimer ce courriel ? SVP, protégeons la Terre (C'est la seule planète où il y ait du chocolat !)
  • La majorité des gens lisent leurs courriels à l'écran. Est-ce nécessaire d’imprimer ce message?

vendredi 5 février 2010

Vidéo du vendredi: Développez votre sixième sens (fascinant!)

Cette vidéo (9 min.) propose une technologie révolutionnaire qui permettrait notamment d'avoir toutes les informations pertinentes sur un produit... L'ère de l'emballage électronique et mobile s'en vient (le iPad est-il déjà dépassé?)

mercredi 3 février 2010

Prenez votre retraite et devenez un artiste du développement durable


«J'aurais voulu être un artiste», chantait Claude Dubois. Avec raison:

  • Les artistes ne travaillent pas, ils jouent.
  • Les artistes ne font pas des présentations, mais des prestations.
  • Les artistes ont le droit d'être créatifs.
  • Les artistes n'ont pas des clients, ils ont des admirateurs.
  • Les artistes ne disent pas, ils s'expriment.
  • On n'a pas un artiste (comme on a un emploi); on est un artiste.
Le vocabulaire utilisé en dit long selon moi sur la relation que nous avons avec notre travail.

Pour devenir un professionnel en développement durable, je crois qu'il faut s'inspirer de la relation que les artistes ont avec leur profession.

La plupart de ceux qui quittent leur emploi pour devenir professionnel en développement durable ont ça dans leur ADN. Ceux que je rencontre sont inspirés, et ils cherchent à leur tour à être inspirants.

Si vous êtes un patron, regardez dans vos rangs. Vous avez tout à gagner à laisser un «artiste du développement durable»... s'exprimer dans votre organisation.

lundi 1 février 2010

Le snowboard, la créativité, la culture et vous



Le snowboard
L'emploi étudiant que j'ai le plus adoré a été celui de moniteur de planche à neige. J'ai commencé à en faire à 12 ans, alors que les planches n'étaient pas encore importées au Canada (j'avais acheté la mienne dans le Vermont).

L'avantage d'être un early adopter, c'est qu'à 16 ans, je suis devenu un des premiers moniteurs de planche certifiés au pays. Cela m'a permis d'obtenir un emploi au Mont Saint-Bruno, l'une des plus importante école de glisse en Amérique du Nord.

À l'époque, nous n'étions que six ou sept moniteurs de planche (la station en compte maintenant plus d'une centaine!). La demande pour des cours était phénoménale. Résultat: je faisais autant d'argent à travailler à temps partiel qu'un moniteur à temps plein avec 10 ans d'ancienneté.

La créativité
Notre groupe de moniteurs était composé de planchistes réellement talentueux. Puisqu'il n'existait pas encore de cours plus avancés, nous devions les créer. Chaque week-end, nous arrivions les premiers sur les pentes pour échanger nos idées, décortiquer la biomécanique de chaque mouvement, analyser nos descentes sur vidéo et inventer des excercices pour corriger les défauts en fonction du niveau d'habileté des planchistes. C'était un travail passionnant.

Il va sans dire, afin de repousser les limites de nos connaissances de la planche, il nous fallait expérimenter. Par conséquent, les chutes étaient fréquentes. Tellement qu'à la mi-février, nos habits de neige prêtés par la station étaient troués... ils devaient pourtant nous durer deux ans!

La culture
Lorsque j'ai entrepris mes études universitaires à l'Université d'Ottawa, j'ai changé de montagne. De par mon expérience, j'ai été nommé superviseur des moniteurs de planche au Mont Cascades. J'étais responsable d'un groupe de cinq personnes.

Quelle ne fût pas ma surprise à la fin de ma première journée d'apprendre que je devais huit bières à mes collègues. Il ne s'agissait pas d'un rite d'initiation. C'était plutôt une politique de l'école de ski.

On m'a expliqué: «Si tu fais une chute avec le manteau de l'école et qu'un autre moniteur te voit, tu lui dois une bière».

Cette politique a été mise en place pour éviter que les clients voient des moniteurs chuter tout le temps –ce qui aurait pu miner la crédibilité et l'image de la station.

Raisonnement logique. Et pourtant... D'où je venais, nous tombions des dizaines de fois par jour, et nous jouissions d'une réputation formidable non seulement auprès de la clientèle, mais aussi auprès de toutes les écoles de planche de la province.

Au mont Cascades, cette culture de l'image empêchait les employés de s'améliorer parce qu'ils n'avaient pas droit à l'erreur!


Et vous?
Depuis quelques semaines, j'ai eu plusieurs discussions très intéressantes avec des spécialistes et des consultants en créativité. Leur constat est désolant: les entreprises québécoises laissent très peu de place à la créativité. Les employés n'ont pas le droit à l'erreur. Et il n'y a pas de processus pour recueillir et mettre en oeuvre les meilleurs idées.

Pourtant, demandez à n'importe quel patron. Il vous dira que la créativité est une valeur essentiel de son organisation.

Cela dit, être créatif n'est pas le propre d'un patron. Comme dans mon histoire de snowboard, la culture d'entreprise peut être un frein, c'est vrai. Mais, peu importe votre rôle, vous pouvez faire bouger les choses. Comment? En vous réappropriant le droit à l'erreur.

  1. Préparez votre patron et vos collègues en leur expliquant votre projet.
    Au mont Cascades, j'ai expliqué à mes supérieurs pourquoi les chutes étaient nécessaires à l'apprentissage. J'avais anticipé leur arguments à propos de l'image, ce qui m'a permis de préparer une réponse à l'avance.

  2. Proposez une solution sans douleur.
    Pour obtenir un oui de la part de mes supérieurs, je leur ai proposé de retirer la règle le matin, pour les moniteurs de planche seulement, entre l'ouverture de la station et le début des cours de groupe. Cela impliquait donc seulement un petit groupe marginal pendant un maximum de 1h30. Impossible de refuser.
    TRUC: pour un minimum de douleur, assurez-vous que la solution soir réversible.

  3. Documentez la progression.
    J'avais fait une évaluation de tous les moniteurs de planche à mon arrivée à l'aide des grilles que nous avions développé au mont Saint-Bruno. Après deux mois, j'ai refait l'évaluation, vidéo à l'appui. Mes supérieurs ont donc pu constater la progression étonnante. Ils recevaient également des échos positifs de la clientèle, qui voyait les moniteurs de planches dévaler les pistes avec agilité.

  4. Demandez une plus grande marge de manoeuvre
    À partir du moment où j'ai senti que la réputation des moniteurs de planche s'améliorait, j'ai demandé d'étendre l'exception à la règle à toute la journée, sauf dans les pistes situées sous les remontées (où une chute est plus visible pour les clients). Elle m'a été accordée sans problème.

  5. Les dernières barrières vont tomber d'elles-même
    Après deux ans, non seulement la politique de chute était abolie pour les planchistes, elle l'était également pour les skieurs.