
Richard Desjardins a déjà écrit sur un des ses albums quelque chose comme: «Vous aurez le droit de copier ce CD le jour où je pourrais clôner ma bière».
Au cours des deux dernières semaines, j'ai reçu pas moins de cinq offres pour donner des conférences (le mot prend ici tout son sens!). À mon grand regret (les événements et les autres conférenciers étaient extrêmement intéressants), j'ai dû refuser.
Voici les raisons qui, selon les organisateurs, justifient une participation non-rémunérée:
1. Visibilité
«C'est une occasion unique pour obtenir de la visibilité», me répète-t-on chaque fois.
Pour mon équipe et moi, une conférence n'est pas une occasion de faire un pitch de vente. Nous consacrons beaucoup d'efforts à faire de nos présentations un événement qui marquera l'auditoire de par la qualité du visuel et l'originalité de son contenu.
L'attention que porte l'auditoire est un cadeau, et nous nous engageons à ce que cette attention soit du temps bien investit. C'est ce que veulent les participants en s'inscrivant à un colloque. Et c'est ce que les organisateurs des colloques recherchent.
Par ailleurs, on ne demanderait jamais à un expert marketing de faire une publicité gratuitement en justifiant qu'il aura de la visibilité. Aucun fabricant de voiture ne vous donnera un véhicule en espérant que d'autres clients potentiels le remarqueront sur la route. Je m'explique mal comment on peut demander à un conférencier professionnel de participer à des événements sans rémunération.
2. OSBL
«Nous sommes un organisme sans but lucratif.» Voilà un argument déjà un peu plus crédible.
Cependant, tous les OSBL ne sont pas égaux. Une association de professionnels est un OSBL, mais les membres qu'elle dessert ont des revenus importants. De plus, ils paient pour participer à l'événement.
Il y a une différence appréciable entre une association dont les membres sont des entreprises, des professionnels ou des salariés et un organisme communautaire. Pourtant, même les bibliothèques et les écoles offre des cachets aux conférenciers. Ce ne sont pas des fortunes, mais cela couvre généralement les frais de déplacement.
Devant cet effort louable, j'ai un profond malaise quand une chambre de commerce demande de faire une présentation gratuite.
3. Où est la qualité?
«Nous vous avons choisi parce que vos conférences sont remarquables.» Faire des compliments est toujours utile lorsque l'on demande un service gratuit. En revanche, lorsque l'on est convaincu de la valeur de ce service, on n'hésite pas à payer.
Répondez honnêtement aux questions suivantes:
- Combien de fois avez-vous eu l'impression de perdre votre temps au cours d'une conférence?
- Combien de fois avez-vous «enduré» un orateur nerveux, incohérent, ennuyeux?
- Combien de fois avez-vous lu les diapositives plus vite que le conférencier?
Ces situations sont inévitables quand les conférenciers ne sont pas préparés. Entre nous, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de mauvais conférenciers. Mais je constate que peu de conférenciers prennent vraiment le temps de se préparer.
Pourtant, pour avoir une réputation enviable, l'événement doit présenter un contenu attrayant, novateur et utile pour les participants. Et pour cela, le conférencier doit investir du temps pour comprendre les attentes, préparer un visuel remarquable et maîtriser son texte.
C'est ce que fait Steve Jobs, le pdg d'Apple et un des conférencier les plus admirés. Il se prépare, pratique son texte et modifie ses notes. Au total, malgré son horaire très chargé, il consacre deux semaines à temps plein à sa préparation.
Quand on demande à des gens de faire une conférence gratuitement, le résultat est une présentation ennuyeuse, mal préparée ou, pire, un pitch de vente. Est-ce que cela correspond vraiment aux attentes des participants?
Respect des clients
Au cours des dernières années, j'ai donné plus de 200 conférences rémunérées. Selon moi, ce serait un manque de respect envers ces clients que d'accepter d'offrir le même service de conférencier gratuitement ailleurs.
Cela me rappelle une histoire vraie. Devant une demande d'un client de travailler à rabais, un expert en développement durable lui a répondu la chose suivante:
– «Ton entreprise fait des millions de dollars. Vous avez les moyens de payer mes services. En ce sens, travailler gratuitement ne serait pas équitable.»
Puis il a fait une concession:
– «Je vais t'accorder ton rabais, mais ce n'est ni toi ni moi qui en profitera. Tu le remettras à un organisme de charité de ton choix.»
Le client a compris la leçon. Il l'a fait.