La prochaine evolution industrielle

jeudi 24 février 2011

Charest, Legault, politique et développement durable

Cette semaine, on a eu droit au texte fondateur de la Coalition avenir Québec, piloté par François Legault, et au discours inaugural du premier ministre du Québec, Jean Charest.

Les deux parlent de développement durable. Voici ce qu'ils nous disent:


François Legault
«Le développement de notre économie ne saurait évidemment s’accomplir au détriment de notre environnement et de celui de nos enfants. Nous devons donc nous tourner résolument vers le développement durable et profiter pleinement des occasions d’innovation et de croissance que celui-ci offre pour une économie comme la nôtre.

«Nous devons ainsi assurer le développement de modes et de réseaux de transport plus efficaces et plus faibles en émissions de carbone, assurer un développement urbain plus rationnel et plus sain et assurer que notre production et notre consommation d’énergie contribuent à limiter la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effets de serre au Québec et à l’échelle continentale.»



Jean Charest

«Pour l’avenir, nous nous donnons 5 priorités :

  • l’éducation, qui est le berceau de tous les talents;
  • l’emploi, parce que le Québec doit être fort de tous ses bras et de toutes ses
  • têtes;
  • le développement durable, parce qu’économie et environnement sont les deux faces d’une même médaille;
  • la maîtrise de nos ressources, parce que nous en sommes fiduciaires pour nos enfants, petits-enfants et pour la planète;
  • et la santé, pour bien vivre avec ceux que nous aimons.»

Quelle place réelle pour un développement durable dans l'avenir du Québec?

À ma grande déception, c'est sans grande conviction que l'on retrouve la notion de développement durable dans les discours de ces deux politiciens.

Le premier y consacre à peine un paragraphe, à l'avant-dernière page de son document. Pas très encourageant pour le texte fondateur d'un parti qui s'appelle Coalition pour l'avenir du Québec!

Le premier ministre fait pire: énoncer comme l'une de ses cinq priorités le développement durable, avec la gestion des ressources, l'éducation, la santé et l'emploi, démontre clairement que ni lui ni ses conseillers n'ont la moindre idée de ce qu'est le développement durable.

Au lieu d'être le leader qu'il cherche à être, il contribue plutôt à confondre davantage les gens en limitant l'expression à la simple notion d'environnement.

Dans les faits, les quatre autres priorités sont également incluses dans la dimension du développement durable qui, rappelons-le, comprend trois pôles: social (vise à améliorer la qualité de vie des gens), environnemental (dans le respect de l'équilibre des écosystèmes et des conditions essentielles à la vie) et économique (grâce à un système économique efficace).

Comment alors pouvons-nous le prendre au sérieux lui qui, pourant, était présent au Sommet de Rio en 1992, en tant que ministre fédéral de l'environnement?

Où est la vision d'un Québec durable?

Ce qui ressort donc de ces deux discours, c'est le retard lamentable de la classe politique québécoise en matière de compréhension du développement durable. C'est aussi l'absence de vision d'un Québec durable:
  • où les projets doivent être lancés en partenariats avec les parties prenantes (et non selon une approche «nous allons vous éduquer», comme c'est le cas avec les gaz de schistes);

  • où notre hydroélectricité est une source de différentiation et de création d'emploi (et non une autre ressource à exporter bêtement);

  • où le développement du Nord représente une occasion unique de montrer qu'un vrai développement durable est possible (ce qui se fait en protégeant 50% du territoire au lieu de retirer du développement 50% du territoire);

  • où notre culture ouverte et diversifiée et le fait français sont des avantages et non un frein (comme le sous-entend le premier ministre en voulant obliger l'immersion en anglais);

  • et où nos universités sont des pôles de savoir et d'éducation de calibre international (ce que les deux reconnaissent d'emblée, mais où les solutions pour demeurer à ce niveau tardent à venir).
La Loi sur le développement durable du Québec prévoit que 80% de la fonction publique doit être sensibilisée au développement durable. Il serait plus que temps que nos élus, M. Charest et son équipe en tête, reçoivent leur cours... c'est notre avenir qui en dépend!

blog comments powered by Disqus