La prochaine evolution industrielle

lundi 28 février 2011

De qui relève le DD au sein d'une organisation?


Une nouvelle race de dirigeant fait tranquillement son apparition dans les organisations: le directeur développement durable.

Étonnament, il ne relève pas toujours du même département. Voici quelques exemples:

Chez Loto-Québec, il relève de la vice-présidence communication et affaires publiques.

Chez Mouvement Desjardins et Hydro-Québec, il relève de la vice-présidence exécutive, Affaires corporatives (ou coopératif, dans le cas du premier)

Dans de nombreux cas, comme à la Ville de Montréal, ce rôle relève de l'environnement.

Chez Cascades, le rôle revient à une nouvelle vice-présidence: Développement durable. Notez que celle-ci n'inclut pas l'environnement, mais elle est une fonction à part entière.

Après le CEO (Chief Executive Officer), le CFO (Chief Financial Officer) et le COO (Chief Operationnal Officer), voici donc le CSO (Chief Sustainability Officer)!

Avec le nombre de fonctions liées au développement durable qui se créent (écostratège, expert en marché de carbone, vérificateur en responsabilité sociale d'entreprise, écodesigner, etc.), et les nouvelles compétences exigées (marketing vert, approvisionnement responsable, efficacité des bâtiments, rencontres des normes et certifications, etc.), on peut se poser la question à savoir si la meilleure stratégie est de créer un poste de CSO ou de former le personnel en place aux nouvelles compétences?

De toute évidence, même les organisations les plus avancées sur le chemin du développement durable cherchent encore la réponse.

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à lire le très pertinent Cas d'entreprise publié par le Harvard Business Review: Should Sustainability Have a Seat in the C-Suite?

jeudi 24 février 2011

Charest, Legault, politique et développement durable

Cette semaine, on a eu droit au texte fondateur de la Coalition avenir Québec, piloté par François Legault, et au discours inaugural du premier ministre du Québec, Jean Charest.

Les deux parlent de développement durable. Voici ce qu'ils nous disent:


François Legault
«Le développement de notre économie ne saurait évidemment s’accomplir au détriment de notre environnement et de celui de nos enfants. Nous devons donc nous tourner résolument vers le développement durable et profiter pleinement des occasions d’innovation et de croissance que celui-ci offre pour une économie comme la nôtre.

«Nous devons ainsi assurer le développement de modes et de réseaux de transport plus efficaces et plus faibles en émissions de carbone, assurer un développement urbain plus rationnel et plus sain et assurer que notre production et notre consommation d’énergie contribuent à limiter la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effets de serre au Québec et à l’échelle continentale.»



Jean Charest

«Pour l’avenir, nous nous donnons 5 priorités :

  • l’éducation, qui est le berceau de tous les talents;
  • l’emploi, parce que le Québec doit être fort de tous ses bras et de toutes ses
  • têtes;
  • le développement durable, parce qu’économie et environnement sont les deux faces d’une même médaille;
  • la maîtrise de nos ressources, parce que nous en sommes fiduciaires pour nos enfants, petits-enfants et pour la planète;
  • et la santé, pour bien vivre avec ceux que nous aimons.»

Quelle place réelle pour un développement durable dans l'avenir du Québec?

À ma grande déception, c'est sans grande conviction que l'on retrouve la notion de développement durable dans les discours de ces deux politiciens.

Le premier y consacre à peine un paragraphe, à l'avant-dernière page de son document. Pas très encourageant pour le texte fondateur d'un parti qui s'appelle Coalition pour l'avenir du Québec!

Le premier ministre fait pire: énoncer comme l'une de ses cinq priorités le développement durable, avec la gestion des ressources, l'éducation, la santé et l'emploi, démontre clairement que ni lui ni ses conseillers n'ont la moindre idée de ce qu'est le développement durable.

Au lieu d'être le leader qu'il cherche à être, il contribue plutôt à confondre davantage les gens en limitant l'expression à la simple notion d'environnement.

Dans les faits, les quatre autres priorités sont également incluses dans la dimension du développement durable qui, rappelons-le, comprend trois pôles: social (vise à améliorer la qualité de vie des gens), environnemental (dans le respect de l'équilibre des écosystèmes et des conditions essentielles à la vie) et économique (grâce à un système économique efficace).

Comment alors pouvons-nous le prendre au sérieux lui qui, pourant, était présent au Sommet de Rio en 1992, en tant que ministre fédéral de l'environnement?

Où est la vision d'un Québec durable?

Ce qui ressort donc de ces deux discours, c'est le retard lamentable de la classe politique québécoise en matière de compréhension du développement durable. C'est aussi l'absence de vision d'un Québec durable:
  • où les projets doivent être lancés en partenariats avec les parties prenantes (et non selon une approche «nous allons vous éduquer», comme c'est le cas avec les gaz de schistes);

  • où notre hydroélectricité est une source de différentiation et de création d'emploi (et non une autre ressource à exporter bêtement);

  • où le développement du Nord représente une occasion unique de montrer qu'un vrai développement durable est possible (ce qui se fait en protégeant 50% du territoire au lieu de retirer du développement 50% du territoire);

  • où notre culture ouverte et diversifiée et le fait français sont des avantages et non un frein (comme le sous-entend le premier ministre en voulant obliger l'immersion en anglais);

  • et où nos universités sont des pôles de savoir et d'éducation de calibre international (ce que les deux reconnaissent d'emblée, mais où les solutions pour demeurer à ce niveau tardent à venir).
La Loi sur le développement durable du Québec prévoit que 80% de la fonction publique doit être sensibilisée au développement durable. Il serait plus que temps que nos élus, M. Charest et son équipe en tête, reçoivent leur cours... c'est notre avenir qui en dépend!

jeudi 10 février 2011

Controverse des sacs réutilisables: nuisances ou solutions?


Dans le Journal de Montréal, une série d’articles s’attaquant aux sacs réutilisables a été publié récemment.

1. Réutilisables, mais pas recyclables (30 janvier)
2. Des sacs en partie toxiques (31 janvier)
3. Les bactéries dans vos sacs (1er févier)

Ces textes ont le mérite de faire la lumière sur un sujet qui, jusqu’ici, semblait être une solution incontestable.

On peut apprend donc que les centres de tri doivent systématiquement détourner vers les sites d’enfouissement les sacs réutilisables arrivés en fin de vie parce qu’ils sont conçus avec des matériaux difficilement séparables (tissus, plastiques, oeillets métalliques, coutures, etc.).

Une analyse d’une vingtaine de sacs différents révèle aussi que le quart contient du plomb dans la peinture en quantité qui pourrait être jugée toxique. De plus, on apprenait que la majorité des sacs analysés contenaient un niveau élevé de bactéries, «assez pour rendre potentiellement quelqu’un malade», selon un chercheur.

Devant ces informations, on peut se demander si les sacs réutilisables sont plutôt une nuisance ou une solution?

L’ACV des sacs de caisse


En 2004, une analyse du cycle de vie comparative des sacs de plastisques et des sacs réutilisables, commandée par l’ADEME, a été réalisée en France.

La principale conclusion? Le facteur le plus significatif pour réduire l’impact environnemental est le nombre de fois que le sac est réutilisé. Ainsi, pour être supérieur au sac jetable, le sac en plastique (PE) réutilisable doit servir au moins 4 fois. Dans le cas où les sacs jetables étaient auparavant réutilisés comme sacs poubelles, le sac réutilisable demeure une meilleure alternative si l’on s’en sert 7 fois ou plus (malgré le fait d’acheter des sacs en plastique pour compenser).

Intéressant, non?

Mieux encore, la question de la fin de vie est également abordée dans cette étude exhaustive et révisée par un comité d’experts indépendants. Ainsi, les auteurs évaluent le scénario où tous les sacs réutilisables sont jetés en fin de vie. Résultat: pas grand changement. Il faut encore se servir du sac au moins 4 fois pour qu’il soit une meilleure alternative! Bref, pas de quoi alerter toute la population.

En revanche, le Journal de Montréal n’a pas pris en compte les risques plus élevés d’abandon des sacs en plastique jetables, qui se retrouvent davantage dans les rues, les cours d’eau, etc.

Parmi les conclusions, on apprend aussi que le transport des sacs a un impact négligeable. Par conséquent, le fait qu’ils sont fabriqués en Asie n’est pas un critère déterminant. La question de la toxicité n’est pas abordée. On peut se douter que le risque n’est cependant pas réservé aux sacs réutilisables. Les sacs jetables contiennent eux aussi des peintures, mais aucun n’a été testé par le laboratoire du Journal de Montréal.

Comment faire mieux?

Le Journal a toutefois démontré qu’il était possible de faire mieux.

D’une part, je serai curieux de savoir le nombre de fois moyen qu’un sac réutilisable est réellement réutilisé. D’autre part, il serait temps d’écoconcevoir ces sacs pour éviter le mélange des matériaux et faciliter le recyclage. Les solutions existent, mais un effort devra être fait de la part des détaillants.

En réponse à la question lancée par Jean-Claude Cousineau sur son blogue (est-ce mieux d’utiliser des sacs pendant 5 ans et de les jeter ou prendre 350 sacs jetables par année?), la réponse apportée par l’étude de l’ADEME est catégorique: le sac réutilisable est la meilleure option sur le plan environnemental, et de loin.

Reste la question des bactéries qui est, à mon avis, inquiètante. En ce sens, il me semble que les sacs en tissu sont plus facilement lavables, mais plus difficilement recyclables. Ce n’est pas faute d’usines de recyclage au Québec, mais bien par manque d’accès à cette filière pour le consommateur moyen. À l’image des programmes de reprise de peinture et de piles, les détaillants pourraient offrir à leurs clients de reprendre les vieux sacs, voire en profiter pour offrir un rabais sur leur remplacement. Chose certaine, il faudra faire mieux pour sensibiliser les gens à l’importance de bien les laver.

Comme dans tout processus de changement, l’introduction des sacs réutilisables requiert une période d’apprentissage. Le recyclage, bien qu’imparfait de la manière dont il est effectué actuellement, est une solution incontournable dans toute démarche de développement durable. Ce que cette série d’articles confirme, c’est qu’il sera nécessaire de créer des produits de meilleure qualité (plus durables), qui se recyclent perpétuellement en boucle fermée, et que les consommateurs doivent apprendre à laver et à réutiliser le plus souvent possible leurs sacs de caisse.