Ce que nous apprend le rapport du commissaire au développement durable
Dans le dernier rapport du commissaire au développement durable, Jean Cinq-Mars, on trouve plusieurs informations très éclairantes sur les difficultés de l'appareil gouvernemental à respecter la Loi sur le développement durable. Exemples:
- «Plusieurs entités (22 sur 35) rendent des comptes sur un plan d’action qui a été modifié comparativement à celui qui a été déposé initialement. En fait, les indicateurs et les cibles ont parfois été changés, voire même diminués, par rapport à la planification initiale sans que pour autant les raisons de ces changements soient données (18 sur 22).»
Ici, le drame n'est pas que les cibles aient été changées. Je trouve normal et sain que les cibles évoluent (il n'y a que les fous qui ne changent pas d'idées). Ce qui est grave, c'est le manque de transparence. Il s'agit d'un ingrédient essentiel pour crédibiliser la démarche. - «Peu d’entités ont fourni de l’information sur l’effet des actions incluses dans leur reddition de comptes en matière de développement durable. D’ailleurs, l’an dernier, nous avions soulevé le fait qu’une majorité d’actions et d’indicateurs de mesure étaient axés sur des moyens plutôt qu’orientés sur les résultats ultimement recherchés. Des efforts importants devront être investis à ce chapitre si l’on veut apprécier la progression réelle de l’Administration en matière de développement durable.»
C'est malheureusement un constat que je fais aussi dans ma pratique. À mon avis, ce problème n'est pas unique à la dimension du développement durable. Il se reflète également dans les pratiques traditionnels de gestion. La raison est bien simple: entre deux projets à financer, celui qui amène des chiffres et des données plutôt que des actions est pas mal moins sexy. Un changement de culture est nécessaire. - «L’exploitation de ressources naturelles dont l’État est fiduciaire doit être économiquement avantageuse, particulièrement lorsque ces ressources ne sont pas renouvelables. L’analyse de la rentabilité économique d’un projet doit en inclure tous les bénéfices et tous les coûts. Une évaluation économique ne doit pas se limiter aux revenus à court terme, mais porter aussi sur les répercussions à long terme, incluant toutes les externalités environnementales, sociales ou économiques. Je dois conclure que le principe d’efficacité économique n’est pas encore intégré à la réalité québécoise en ce qui a trait à l’exploration et à l’exploitation des gaz de schiste.»
Afin justement de prendre en compte la dimension d'efficacité économique, nous avons commencé à faire des analyses des coûts du cycle de vie (ACCV) pour le gouvernement. Encore là, la réticence est grande de la part des dirigeants, et nos interventions sont plutôt l'exception qui confirme la règle. - «Plusieurs études démontrent que la mesure des résultats est un facteur essentiel pour favoriser le succès d’un projet. L’absence d’analyse empêche de déterminer au bon moment les correctifs à apporter à des plans d’action qui ne fonctionnent pas ou peu. J’ai remarqué que les indicateurs ne font pas toujours l’objet de suivis. Trop souvent, les rapports soumis par les ministères ne présentent qu’une liste des activités plutôt que des résultats ou des effets concrets pour la société, l’environnement ou l’économie.»
À mon avis, c'est là le nerf de la guerre en matière de bonnes pratiques en développement durable. Mon dernier livre, Le grand mensonge vert, est rempli d'exemples où l'on tombe dans le piège de mettre de l'avant des actions qui semblent bonnes, mais qui peuvent contribuer à augmenter les impacts sur l'environnement parce ques les effets des actions n'ont pas été mesurés.
Les quelques 200M$ que le gouvernement du Québec a investi dans l'éthanol à base de maïs illustre bien le risque de ne pas mesurer la performance sur l'ensemble du cycle de vie.







